FA-LI
Emettre la force



Avant


Arriére


Bas


Une main vers
l'avant

 

 


Le terme Fa-li signifie : émettre la force, faire jaillir la force ou sortir la force. Dans les autres arts martiaux chinois on utilise aussi le terme fa-jing : émettre la puissance.
Les fa-li supposent une action explosive du corps, ils sont :

"Des mouvements explosifs
pour faire jaillir la puissance du corps"

Zhan zhuang et Fa-li

Le zhan zhuang est le support des Fa-li. L'entraînement en posture debout permet de sentir l'intérieur du corps dense, homogène, plein. L'extérieur du corps ressent le contact avec l'espace. Le corps devient comme une "grosse cloche": une structure enveloppante du corps et l'intérieur qui jouera le rôle de battant pour créer les vibrations. 
Les mouvements explosifs naissent des appuis de l'espace et de la densité mobile interne.
"La station debout nécessite donc une activité tonique spécialement coordonnée, les différentes pièces squelettiques devant être correctement maintenues, orientées par rapport à l'action de la pesanteur, s'opposant aux modifications passives qui peuvent survenir" (Rademaker)

Shi-li et Fa-li

Les shi-li permettent de sentir l'amplitude des gestes élastiques et leurs limites articulaires en renforçant les muscles et les tendons. L'étude des mouvements lents élastiques permet de créer des sensations de "ressort". Les gestes explosifs se baseront sur ces sensations : au lieu d' allonger les ressorts internes, on les coupe pour permettre l'explosion musculaire.

Yi et Fa-li

le yi (intention ou pensée créatrice) précède la réalisation des Fa-li dans l'entraînement et guide le geste. L'intention conditionne l'intensité.
Exemple d'intention globale :
L'idée de se sentir "prêt à bondir comme un tigre" conditionne l'attitude mentale et physique.
L'idée "d'être accroché à l'espace avec des élastiques" conditionne un décrochage explosif
Exemple d'intention dans une technique :
Dans le fa-li vers l'avant avec les deux mains, la pensée est, par exemple, un lancer de cailloux au loin, puis, à la fin de l'extension, on retire les mains rapidement comme si on s'était brûlé. Ce genre d'intention crée l'effet de ressort.

La création de l'explosibilité

L'explosibilité du corps est créée par la coordination articulaire et la contraction musculaire.
Cette explosion dépend du tonus corporel. Le corps doit se trouver dans une posture tonique de maintien (ni trop mou ni trop contracté). Ce tonus sert d'amortisseur dans la contraction dynamique. La vitesse est subordonnée à la contractilité rapide des muscles. Cette étude de l'état musculaire (du relâchement à la tension) se fait en zhan zhuang pendant l'exécution des micro mouvements.
L'étude de la contraction musculaire se fait progressivement pour préserver les articulations et éviter les chocs articulaires inutiles. Les gestes ne doivent pas se faire en extension totale pour éviter les étirements musculaire et tendineux. Dans le vide, la répétition demande une attention particulière puisqu'il n'y a de partenaires pour appuyer et transmettre la force.

 



Haut


Fermeture


Ouverture


Une main vers
Le bas

 


La théorie des forces

Pour réaliser une sortie de puissance, le corps a besoin d'appuis. Les appuis fondamentaux sont les pieds, à la base de tous les Fa-li. Viennent ensuite les appuis des genoux, des hanches, du dos, des coudes, qui sont les endroits intermédiaires d'où va jaillir la force. Les directions de force de base sont l'avant, l'arrière, le haut, la gauche et la droite. Le mélange de plusieurs directions donnent les directions complexes. Il faut deux forces opposées au minimum pour la création de gestes explosifs. Exemple :
Dans le Fa-li vers l'avant (voir gif) on a besoin de la force de poussée vers l'arrière et la force d'extension vers l'avant. On utilise l'appui du dos, des pieds, des coudes. On retrouve une idée d'ouverture.

Types de jaillissement de la force

On trouve deux types de jaillissement de la force :
1.Au démarrage ou décrochage
Cette action se fait au départ du mouvement sans appel directement de la posture.
Le  corps entier bouge dans une direction précise, le poids et la vitesse créent la puissance : pour éviter le déséquilibre, il y aura un retour de la force opposée.
2. A l'impact au moment du toucher
Au moment du toucher, le corps transmet la puissance grâce à une contractilité interne avec un déplacement articulaire court.
Ces deux types sont souvent liés.
L'explosion de type
1 permettra d'arriver rapidement sur l'adversaire mais peut être aléatoire s'il bouge.
Le type
2 permettra une plus grande sûreté due au toucher, mais une plus grande difficulté de transmission due au manque d'amplitude du déplacement.

Applications des émissions de force

Les Fa-li sur le partenaire servent à :
Percuter, déstabiliser, déséquilibrer.
Les Fa-li servent dans les techniques d'attaque et de parade.
Pour les techniques d'attaque, on percute les parties molles du corps
Pour les techniques de parade, on touche l'attaque, puis on transmet la force pour dévier. On ne percute pas les parties dures du corps (les os).
On transmet la force avec les mains (paume et tranchant), les coudes, les épaules, les genoux et les pieds.
La transmission en percussion est comme "une aiguille qui pique" (2 à 3 centimètres)
La transmission pour déséquilibrer (pousser, tirer) se fait avec la force d'extension.
La transmission pour déstabiliser (secouer, enrouler, frotter, trembler, tordre) se fait en accumulant de multiples Fa-li dans des directions diverses.
Toutes ces différents Fa-li s'appliquent en Tui Shou puis en combat.

Variétés des sorties de force

Fa-li de base du Yi Quan :
Toutes les techniques de base se font avec les deux bras dans la même direction, pour intégrer l'équilibrage des appuis. Ensuite, on peut les réaliser d'un seul bras. 


1.Emettre la force vers l'avant (voir gif)
Ce Fa-li se fait en appuyant le pied arrière au sol et le dos. A partir de l'axe central, le corps explose vers l'avant, les mains se décrochent de l'espace. Au moment où le corps est presque en extension, le corps est ramené à sa position initiale par le ressort arrière. Pour la pensée voir chapitre Yi et Fa-li.

2.Emettre la force vers l'arrière
Les mains sont attachées par des élastiques imaginaires vers le haut (appuis). On lâche les appuis arrières (pieds, arrière des genoux, fesses), le corps explose vers l'arrière, le retour en ressort se fait avec les élastiques avant (le corps devient un grand élastique).

3.Emettre la force vers le haut
On imagine tenir un arbre que l'on veut déraciner, et qui se décroche soudain. On lâche la force vers le haut. Le retour en ressort se fait grâce à l'élasticité du bas (appuis).

4.Emettre la force vers le bas
On imagine tenir un arbre que l'on veut enfoncer dans la terre, et qui s'enfonce brusquement de quelques centimètres. On lâche la force vers le bas. Le retour en ressort se fait grâce à l'élasticité du haut.

5.Emettre la force en fermeture
On imagine avoir les deux bras attachés par des élastiques, qui lâchent en explosion. Le retour en ressort se fait par les élastiques imaginaires.

6.Emettre la force en ouverture
On imagine être attaché à des élastiques qui vont ouvrir le corps d'un seul coups. Le retour en ressort se fait grâce à l'élasticité en fermeture.

Fa-li complexe
Les Fa-li complexes sont ceux qui utilisent plusieurs directions et plusieurs appuis simultanément.
Exemple:
Dans le Fa-li du "coup de poings remontant", les directions de force sont le haut et l'avant. Le corps s'appuie vers l'arrière pour aller vers l'avant, et s'appuie également vers le bas pour la direction haute. Ceci augmente la synergie interne et la sensibilité proprioceptive.
La sensation des appuis avec des directions simples est essentielle pour ressentir et créer les Fa-li complexes.

L'entraînement

Dans une pratique quotidienne, les exercices de Fa-li se font à la suite du zhan zhuang et des shi-li. Le corps doit être échauffé pour exécuter les mouvements explosifs. Les exercices d'émettre la force extériorisent la puissance du corps. Le plus important dans un entraînement journalier est l'accumulation de l'énergie et de la puissance interne. Les Fa-li donnent du "punch" au corps, ces exercices ne doivent procurer ni courbatures ni fatigue musculaire. Le bien-être et le plaisir restent les critères essentiels pour un entraînement quotidien.

L'intention et la spontanéité

Dans l'entraînement au combat (tui shou et pieds/poings), le corps réagit spontanément par rapport au toucher et à la réaction de l'adversaire.
L'intention (yi) sert à la construction du corps. Le but de l'étude des Fa-li est la spontanéité. Toutes ces sensations d'appui, d'élasticité, fournissent au corps un potentiel de puissance. Ce potentiel doit être développé au sac de frappe et en tui shou pour devenir applicable. Petit à petit le corps pourra engendrer des émissions de puissance dans n'importe quelle posture et dans n'importe quelle situation.

"Il est essentiel, en effet, dans l'exercice de la boxe chinoise, de tendre à une coïncidence de plus en plus parfaite entre l'exécution gestuelle du mouvement et le mouvement même de la pensée, à l'intérieur de soi, qui, comme tel, devient "créatrice d'états nouveaux"
François Jullien


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Fa-li vers l'avant


 Fa-li arrière en parade


 Fa-li vers le bas


 Fa-li ouverture/fermeture


Fa-li ouverture/fermeture


Fa-li ouverture/arrière


Fa-li haut/devant

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" Quand on atteint le mouvement d'ensemble, on peut tout aménager à sa guise, tous les coins sont bons; si on le rate, on peut se donner toute la peine du monde pour mettre de l'ordre, tout y est mauvais"

lDa Chong-Guang  17éme siécle

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lYi Quan

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