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Réflexions sur les gestes
et l'apprentissage
   

Le nouveau livre de Jean-François Billeter « un paradigme » éditions Allia est une réflexion sur le corps et la pensée  dans l’action

Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses reposant sur une base définie. Le mot signifie modèle ou exemple mais aussi ce qui est central dans la pensée.

Jean François Billeter, né à Bale en 1939 ,
est un sinologue suisse et professeur émérite de l'université de Genève. Après des décennies consacrées à l'analyse et à la traduction du Tchouang-tseu, œuvre centrale de la pensée chinois
e,  Il aborde  dans ce nouveau livre  avec lucidité et clarté les phénomènes de 
l’
apprentissage, de la souffrance ,des lois de l’activité, l’hypnose, la dépression, défaillance de la perception du monde, et donc de la relation à soi, dans une réconciliation inédite et prometteuse du corps et de la pensée, un paradigme fait l'apologie de l'observation, de ce qu'elle provoque et de la manière dont elle agit. 

Nous allons utiliser ses réflexions pour mieux comprendre le cheminement du geste, de l’intention à la puissance agissante en relation avec le Qi Gong et les arts chinois.

 

 
   

Le commencement du geste : l’intention  


Réflexions de J-F Billeter sur l’intention 

« Je m’aperçois que l’intention et l’exécution ne sont pas séparées : l’intention est déjà une exécution, l’exécution est de part en part portée par l’intention » page 14

« L’intention n’est donc pas seulement une cause qui précède le geste,
 comme nous le croyons : elle l’accompagne jusqu’à la fin »
page 15

«  Ce que je note, c’est que j’éprouve à certains moments un sentiment de liberté...
C’est le cas lorsque l’intention est l’exécution sont simultanée, que l’effet est immédiat ; Le geste réussi a quelque chose de
miraculeux »
page 48  


En Qi Gong et dans toutes les activités humaines, l’intention (Yi) est la source des gestes. De cette intention, vont découler un ensemble de sensations. 
La plupart des gestes en Qi Gong demande de créer « une image de l’action à accomplir » .En reliant l’intention et les gestes, les sensations corporelles  auront « une réalité objective ».

Exemple pour le Qi Gong Yang Sheng  :
Je pense que je tiens un ballon sur l’eau et que  je le fais rouler en le poussant.  La  sensation de l'eau et du ballon devient réel quand nous réalisons la symbiose entre l' intention et l’action. Cette sensation liquide autour de soi et cette impression de porter un ballon permettra au corps et à l'esprit d'ajuster finement notre tonus musculaire et d'équilibrer notre métabolisme. 

 

 
   

De l’apprentissage à l’intégration  


Réflexions de J-F Billeter sur l’apprentissage

« Je suis frappé par la noblesse de celui qui apprend, au moment où il est entièrement rassemblé dans l’attention qu’il porte à l’activité du corps et au geste qui va naître ou à la compréhension qui va se faire jour. Cette noblesse est la même à tous les stades de l’apprentissage. Apprendre et penser sont d’ailleurs une seule et même chose, de sorte qu’il est faux de considérer l’apprentissage comme inférieur à la maîtrise. Il y a certes une différence entre une activité encore maladroite et une activité supérieurement  intégrée. Mais l’acte par lequel quelqu’un pense ou apprend a toujours la même valeur, à quelque niveau qu’il se situe et quel que soit l’âge. » page 101

« Quand je m’efforce d’accorder mes mouvements pour produire un geste, je suis dans un régime, celui du travail d’intégration ; quand le geste se forme et se produit de lui-même, je suis dans un autre, celui de la puissance d’agir. Cette formulation fait mieux comprendre la loi de l’intégration et le rôle qu’elle joue dans nos apprentissages qui sont, pour l’essentiel, des successions de passages d’un régime inférieur à un régime supérieur. Elle nous apprend à nous livrer aux efforts du travail d’intégration quand il le faut, et à laisser le corps prendre le relais quand le moment est venu. »  page 57


L’apprentissage est une découverte. L’approche des arts chinois demande d’adhérer à une certaine vision de l’homme et de l’univers. Les gestes du Qi Gong et des arts internes chinois ont des significations et des buts qui ne sont pas reliés à des mouvements de la vie quotidienne.
En Qi Gong, nous devons à la fois créer des sensations internes (variation du tonus,douceur, fermeté, légèreté, lourdeur, chaleur, flottement) en liaison avec l'apprentissage des gestes externes . Pour améliorer les gestes, nous devons guider les mouvements par des intentions et des pensées claires, cela aboutira au plaisir sensuel, à la liberté et à l’intégration de la globalité de notre être.


Exemple pour le Qi Gong Yang Sheng :

En effectuant les mains comme les nuages, nous pensons à des choses légères et en même temps, nous touchons l’espace comme si nous étions entouré de ouate ou du coton. Le toucher va créer le geste externe, l’image de légèreté va créer la sensation interne. Le plaisir et la joie sont en plénitude quand l’externe et l’interne forment une globalité.

 

 
   

Aptitude à laisser agir le corps  


Réflexions de J-F Billeter sur l’hypnose

« Elle est la forme d’activité dans laquelle la conscience veille tout en laissant 
faire le corps. »

« L’étude de l’hypnose m’a convaincu qu’il se produit plus de choses dans le corps 
que n’en peut
concevoir notre esprit – à moins, justement, d’admettre le principe
d’intégration, la définition du corps comme activité et de cette activité comme 
comportant une dimension d’inconnu. »
Page 54, 55, 56


En s’entraînant au Qi Gong, on s’aperçoit qu’il faut écouter le corps, aller dans 
son sens si on veut revitaliser le corps. Cette aptitude est différente pour chaque personne. 
Grâce aux images suggérées, nous entrons dans un état où l’esprit immerge le corps de ces images, l’immobilité posturale facilite cette imprégnation. Le changement intervient quand nous lâchons certains blocages en optimisant les ressources du corps. La meilleure définition de cette aptitude mentale est  l’autohypnose.

Exemple pour le Qi Gong Yang Sheng :
Lors de l’entrainement à la respiration énergétique nous nous concentrons sur l’inspiration et l’expiration. Pour activer le métabolisme de tout le corps, nous visualisons et ouvrons des chemins (souvent sur les trajets des méridiens) pour ressentir comme un écoulement à travers notre corps. L’esprit imagine « un flux agréable et chaud » en laissant le corps recevoir « ces images positives ».

 

 
   

La puissance agissante  


Réflexions de J-F Billeter sur la puissance agissante

 « Chaque geste, même le plus simple (ouvrir une porte), est une puissance agissante. Nous la sentons au moment de l’exécution du geste, nous la sentons même quand nous pensons au geste puisque y penser, c’est ébaucher en nous –mêmes. Tous les gestes 
et toutes les formes d’activité que nous avons conquises par un travail d’intégration 
sont des puissantes agissantes et constituent, prises, ensembles, la puissance de 
chacun de nous.»
page 43  


En Qi Gong, au fur à mesure de l’intégration des gestes nous ressentons une certaine puissance. Cette puissance ne va pas naître de la force musculaire brute mais de la sensation de réaliser une action réelle en l’imaginant ( la boucle du comme si)  et en ressentant les forces essentielles( porter, toucher, tirer, compresser, rouler, ouvrir, fermer…etc.), cela donnera  la sensation de la puissance agissante.

Exemple pour le Qi Gong Yang Sheng :
Lors du mouvement de Pousser l’océan, la première sensation est la détente sur l’eau en flottant, ensuite grâce au toucher , nous ressentons l’espace, l’image de pousser et d’ouvrir doit se transmettre au geste, quand nous ressentons réellement l’action de Pousser l’océan nous sommes dans la puissance 
agissante et dans la vitalité.

 

 
   

Conclusion

Les petits extraits du livre de J-F Billeter nous révèlent  cette grande simplicité de la création des gestes et des mouvements. Le plaisir existe à tous les stades de l’apprentissage à la puissance agissante. Cette idée d’intégration dans la globalité est la base théorique du Qi Gong et des arts internes chinois.
Pour arriver à cette intégration, il faut accepter que le corps enrichisse l’esprit  grâce à toutes ces sensations qu’il nous procure.

 

 

Article de Pierre Gaggia et Jean-Michel Dziawa       © Février 2013       Photographies Isabelle Delporte

   

Livres de J-F Billeter

 

Un paradigme

Leçons sur Tchouang-tseu

Etudes sur Tchouang-tseu